Dans un rapport publié le 22 juillet 2026, le Haut-commissariat à la stratégie et au plan (HCSP) appelle à dépasser la seule logique des réformes paramétriques des retraites pour construire «une véritable politique du vieillissement au travail» associant pouvoirs publics, partenaires sociaux, branches professionnelles et entreprises.
Estimant que le sous-emploi des seniors constitue l'un des principaux freins à la soutenabilité du modèle social, le HSCP appelle à agir prioritairement sur l’emploi des plus de 60 ans, âge auquel la France décroche nettement par rapport à ses voisins européens. Malgré une progression continue depuis vingt ans, l’emploi des seniors demeure insuffisant pour répondre aux défis du vieillissement démographique, lequel pèse directement sur le financement des retraites, de l’assurance maladie et, plus largement, de l’ensemble du modèle social français.
Si le taux d’emploi français des 55-59 ans (proche de 80 %), est désormais supérieur à la moyenne européenne, seuls un peu plus de 40 % des 60-64 ans occupent un emploi. Plus précisément, à 61 ans, plus d’une personne sur quatre ne se trouve ni en emploi, ni en retraite, souvent en raison de problèmes de santé, d’inactivité ou de ruptures de parcours professionnels. Les travailleurs peu qualifiés et ceux exposés à des conditions de travail difficiles sont les plus concernés.
Pour le Haut-commissariat, le recul de l’âge de départ à la retraite, levier incontournable pour relever le taux d’emploi des seniors, ne peut produire ses effets que si les salariés peuvent effectivement se maintenir en activité jusqu’à la retraite. D’où la nécessité de construire un « nouveau pacte social » conciliant allongement de la durée de vie professionnelle et amélioration des conditions de travail. L’objectif est de rendre les fins de carrière plus soutenables grâce en particulier au développement des transitions progressives entre emploi et retraite. Des dispositifs tels que la retraite progressive, le temps partiel choisi ou encore le cumul emploi-retraite constituent, selon le HCSP, des outils efficaces pour prolonger l’activité des seniors tout en réduisant la pénibilité des dernières années de carrière. Or, ces dispositifs restent encore peu lisibles, méconnus et moins développés qu’en Europe du Nord. Le HCSP recommande donc :
- de lever les freins au temps partiel en fin de carrière ;
- d'étudier la mise en place d'un véritable « droit au temps partiel » dans le cadre du dialogue social ;
- de clarifier les objectifs du cumul emploi-retraite ;
- de mieux informer salariés et employeurs sur les mécanismes de transition vers la retraite.
L’insuffisance de formation des seniors constitue un autre obstacle majeur au maintien en emploi des seniors. A cet égard, le rapport préconise :
- de replacer la formation des seniors au cœur des négociations de branche et d’entrepris e;
- de renforcer l’accompagnement des entreprises, notamment des PME, dans la gestion du vieillissement de leurs effectifs ;
- d'accompagner davantage les reconversions vers des métiers moins exposés à l’usure professionnelle.
La capacité à travailler jusqu’à la retraite dépend enfin largement des conditions de travail et des opportunités de mobilité professionnelle tout au long de la carrière. Une politique efficace doit donc agir bien en amont afin de préserver les compétences, prévenir les problèmes de santé et sécuriser les reconversions professionnelles.