Le ministère du Travail a mis en ligne, le 16 septembre 2026, le document final des travaux de la Conférence sur le travail, l’emploi et les retraites.
Ce document marque l’aboutissement des échanges lancés, en décembre 2025 à l’initiative du Premier ministre, pour renouer le dialogue entre les partenaires sociaux après l’échec du conclave sur les retraites (lire KPS du 24 juin 2025). Ces échanges étaient placés sous l’égide de l’ancien Directeur général du Travail, Jean-Denis Combrexelle, entouré de Pierre Ferracci, fondateur du Groupe Alpha de conseil auprès des CSE et d’Anne-Marie Couderc, ancienne présidente du conseil d’administration d’Air France-KLM.
Pour les participants, le rééquilibrage du système devra passer simultanément par l'emploi, les conditions de travail, les paramètres de retraite et la prévention de la pénibilité. S’agissant de la soutenabilité financière du système de retraite, la proposition la plus innovante concerne l’instauration d’un âge d’équilibre assorti d’un «taux de décote par année d'anticipation par rapport à l’équilibre, contre un autre taux de surcote par an au-delà ». La valeur asymétrique de ces taux serait fixée en fonction du principe dit de « neutralité actuarielle » qui «garantit que la valeur totale des cotisations versées par une personne est égale à la valeur de ses prestations futures », précise le rapport. Tout en conservant un âge légal d’ouverture des droits, cette solution permettrait d’accorder des marges supplémentaires de souplesse et de choix aux assurés, par rapport à une durée d’assurance unique requise pour prétendre au taux plein. Cet âge d’équilibre serait combiné avec un âge d’ouverture des droits dont le maintien demeure indispensable.
S’agissant de la prise en compte de la pénibilité du travail, la première préconisation vise à pérenniser au-delà de 2027 le Fonds d'investissement dans la prévention de l'usure professionnelle (FIPU), actuellement en phase de montée en puissance. De leur côté, si les points acquis dans le cadre du Compte personnel de prévention (C2P) doivent continuer d’être prioritairement fléchés sur la prévention, une voie de passage proposée viserait à créer un parcours spécifique pour les salariés exposés à des risques ergonomiques : après évaluation de l’état du salarié en fin de carrière par le médecin du travail, celui-ci pourrait demander à la CPAM une évaluation du taux d’incapacité. «Dès lors que cette incapacité serait supérieure ou égale à 10 % et que le salarié aurait utilisé ses 20 premiers points, il bénéficierait, sur décision individuelle de l’autorité compétente après constatation médicale, à hauteur de 2 ans du dispositif de retraite anticipée pour incapacité permanente sans autre condition préalable», suggère le rapport. S’agissant du financement de ce départ anticipé, «il y aurait une certaine logique à ce que celui-ci soit financé par la branche AT-MP», poursuit-il.
En termes de pilotage, les participants ont également débattu des mécanismes de pilotage en vigueur dans d’autres pays européens, tels qu’une indexation des paramètres du système sur l’espérance de vie ou encore l’instauration d’une règle d’or garantissant l’équilibre des comptes à moyen terme. Il pourrait ainsi être « demandé, avec une périodicité à définir (quadriennale ou décennale), aux partenaires sociaux de définir une position commune portant sur les objectifs et les outils de pilotage avec des propositions d’arbitrage entre les âges, la durée d’assurance requise, le niveau des pensions et le montant des cotisations», observe le rapporteur.