L’Institut Montaigne a réalisé une étude sur les perspectives du système de santé dans son rapport intitulé « France 2040, projections pour l’action politique » publié, le 16 juillet 2025.
D’ici 2040, l’assurance maladie va être mise en tension par le choc démographique provoqué par l’arrivée aux âges élevés des générations nombreuses de baby-boomers. Entre 2020 et 2030, la population des 75-84 ans va enregistrer une croissance inédite de 49% tandis que le nombre des plus de 85 ans «souvent concernées par des limitations fonctionnelles majeures» va plus que doubler (de 2 millions à 4,8 millions) d’ici 2040. Quant aux patients pris en charge à 100% au titre d’une affection de longue durée, leur nombre aujourd’hui égal à 12,5 millions, pourrait, à législation inchangée, «dépasser les 20 millions» d’ici 2040, rappelle l’Institut Montaigne. Conséquence, la hausse tendancielle des dépenses de santé liée à ce vieillissement pourrait conduire l’Ondam à représenter «jusqu’à 12% du PIB d’ici 2040», soit 3 points de plus qu’en 2025. «La croissance des dépenses publiques de santé devrait être deux fois supérieures à la croissance des recettes publiques». «Le système de santé français atteindra la limite de sa soutenabilité financière en 2040», met en garde le think tank libéral.
Pour «stabiliser la situation» et «sortir d’une logique d’ajustements annuels», une nouvelle stratégie législative pourrait être envisagée d’ici à 2040», estime l’Institut Montaigne. Une «loi de programmation sanitaire» permettrait ainsi de «fixer une trajectoire pluriannuelle de l’Ondam» intégrant «des cibles d’économies et d’investissement». L’objectif étant de donner aux acteurs du système de santé une visibilité budgétaire suffisante. En outre, « une partie des crédits devrait être conditionné à l’atteinte d’indicateurs de performance en termes de prévention, d’accès rapide aux innovations, de réductions des inégalités territoriales ». Il conviendra aussi de «redéfinir le rôle stratégique de l’industrie pharmaceutique», sachant que les mécanismes actuels d’encadrement des prix tendent à priver la France des innovations thérapeutiques : près de 30% des médicaments autorisés au niveau européen ne sont pas disponibles en France, rappelle le think tank.
Le recours à de nouveaux outils de santé numérique va s’imposer. Fondés sur des dispositifs de téléconsultations et télésurveillance, d’intelligence artificielle et d’une utilisation massive de données de santé, ces outils vont redéfinir les modalités d’exercice des professionnels de santé et leurs interactions avec les patients. Leur utilisation constituera un «levier stratégique pour améliorer la performance du système de santé, anticiper les risques sanitaires et accélérer l’accès aux traitements», pronostique l’Institut Montaigne. A condition de lever les lourdeurs réglementaires qui aujourd’hui se traduisent par une sous-exploitation du potentiel de notre Système national des données de santé.
La prévention devra aussi devenir un pilier du système de santé réinventé de 2040, anticipe le think tank, sachant que ce levier permettrait d’éviter « près d’un tiers de l’ensemble des décès», selon l’OCDE. «La vaccination et les comportements de santé façonneront l'adaptation du système médical français», ce qui suppose de s’attaquer au manque d’adhésion de la population française à ces actions et à leur défiance vis-à-vis des vaccins. «Ce tournant préventif combiné à une dimension prédictive importante obtenue grâce à l’usage des données de santé sera indispensable pour faire face aux tendances démographiques et épidémiologiques», conclut le think tank.