Le Comité d’alerte s’inquiète d’un dérapage des dépenses de soins de ville en 2026

Publié le 21 avril 2026


Le Comité d’alerte sur l’évolution des dépenses d’assurance maladie a publié, le 20 avril 2026, son premier avis sur le respect de l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) en 2026 fixé à 274,4Mds€.

Si à la différence de 2025 (lire KPS du 20 juin 2025), ce comité d’experts « écarte le risque » d’un dépassement du seuil d’alerte de 5% du montant prévisionnel de dépenses justifiant la prise de mesures d’économies conservatoires, «la probabilité d’un dérapage inférieur au seuil d’alerte ne peut être exclue», souligne-t-il.

La principale source d’inquiétude du Comité d’alerte concerne les soins de ville dont l’enveloppe de dépenses a été fixée à 117,5Mds€. Le comité estime en effet «ne pas avoir de visibilité suffisante» sur la mise en œuvre effective des 2,2Mds€ de mesures de maîtrise des dépenses projetées sur les produits de santé, alors que celles-ci représentent plus de 60% du total des 4,4Mds€ d’économies projetées. Sa vigilance est d’autant plus vive s’il se réfère à 2025 où à peine la moitié des 575M€ de baisses de prix envisagées se sont concrétisées. D’ores et déjà, 250M€ d’économies se sont évaporées du fait du retard pris dans la mise en œuvre du plan de bon usage des médicaments, de l’abandon de certaines mesures de régulation tarifaire de professionnels de santé et du report au 1er octobre de l’instauration d’un ticket modérateur de 15% sur les médicaments à service médical rendu (SMR) faible destinés aux assurés en ALD (lire KPS du 17 avril 2026). Pour rappel, sur les 4,4Mds€ d’économies projetées, 1Md€ résulte de transferts réglementaires sur les complémentaires santé, à raison de 400M€ de transferts hospitaliers, 500M€ lié à l’abaissement du plafond de salaire pris en compte pour le calcul des indemnités journalières (IJ) et 100M€ lié au ticket modérateur sur les médicaments à SMR faible.

L’autre source d’inquiétude du Comité concerne l’évolution des indemnités journalières (IJ). Si l’Ondam retient bien une accélération de +3,4% en 2026, celle-ci reste inférieure à la progression constatée l’an dernier (+4,7%), avec un effet volume nettement prépondérant notamment du fait de l’envolée des IJ AT-MP (+11,1%) e des IJ maladie de plus de 3 mois (+6,9%) en 2025. Si les mesures annoncées la semaine passée par le gouvernement ont vocation à contenir cette croissance en volume, la résurgence de tensions inflationnistes liées à la crise au Moyen-Orient risque d’avoir un effet prix négatif sur les montants d’IJ.

Si les dépenses de soins de ville augmentaient de plus de 3,8% au lieu des +3,5% escomptés, la mobilisation des 1,1Md€ déjà mis en réserve sur les dotations budgétaires des établissements ne serait pas suffisante pour combler le dérapage en ville, prévient le Comité d’alerte. Notamment au vu de la situation financière dégradée d’un grand nombre d’établissements publics de santé et médico-sociaux, prévient le Comité d’alerte. Selon les dernières estimations du ministère de la Santé, le déficit des hôpitaux publics (budgets annexes compris) devrait être compris entre 2,6Mds€ et 2,8Mds€ en 2025 contre 2,9 Md€ en 2024. Malgré l’augmentation du volume de leur activité et un desserrement de la construction du sous-objectif des établissements de santé (117,5Mds€) par rapport à celle prévue par la LFSS pour 2026, le point de fuite majeur de l’ONDAM lié au déficit des établissements publics de santé perdurera en 2026.