Déficit des régimes de base: les perspectives se dégradent pour 2026

Publié le 28 mai 2026


La Commission des comptes de la Sécurité sociale (CCSS) a publié, le 28 mai 2026, son rapport sur la situation et les perspectives des comptes des régimes obligatoires de Sécurité sociale faisant ressortir une aggravation des déficits.

En 2026, le déficit de l’ensemble des régimes de base (Fonds de solidarité vieillesse inclus) risquait d’atteindre 23,2Mds€, soit une dérive de près de 4Mds€ par rapport à la prévision actée dans la LFSS pour 2026 (19,4Mds€). Autrement dit, loin de résorber le déficit, cette estimation se soldait par une nouvelle dégradation des comptes des régimes de base par rapport aux déséquilibres constatés en 2025 (23Mds€) et 2024 (15,3Mds€).



Pour la Cour des comptes, qui a publié, la veille, son rapport d’application des lois de financement de Sécurité sociale ce scénario noir résulte tout à la fois de la fragilité des hypothèses sur lesquelles reposait la LFSS pour 2026 (lire KPS du 31 décembre 2026), mais aussi d’une sous-estimation de ses dépenses (dont certaines non budgétées à l’instar du nouveau congé supplémentaire de naissance) et d’une surestimation de ses recettes. Mais ce sont surtout les effets négatifs induits par la crise géopolitique en cours qui risquent de plomber les comptes en fin d’année. Que ce soit sous forme de moindres rentrées de cotisation ou de revalorisations de prestations indexées sur l’inflation (pensions de retraites) plus élevées du fait d’une accélération de l’inflation.

Tout en tablant sur une issue rapide de la crise du Moyen-Orient, le gouvernement a d’ailleurs déjà révisé ses prévisions macroéconomiques à la baisse début avril.




Pour limiter la casse, le gouvernement a également annoncé un gel du barème des allègements généraux de cotisations sociales de façon à neutraliser le surcoût (évalué à 2,8Mds€) lié à la hausse automatique du SMIC de 2,41% au 1er juin ((lire KPS du 26 mai 2026). Cette seule mesure permet de contenir la dérive du déficit des régimes de base à 20,4Mds€ (+1Md€ par rapport à la LFSS initiale). Car les dépenses devraient de leur côté, continuer de croître, en 2026, à un rythme certes supérieur à celui des recettes (+2,7% versus +2,5%) mais en net ralentissement par rapport à 2025 (+3,6%). Les prestations versées sur le champ de l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (ONDAM) (274,4Mds€ en 2026, en hausse de 3,1% en un an) constituent le principal moteur de croissance des dépenses. Et ce, en dépit des 4,4Mds€ d’économies votées sur ce champ dont près de 45% (2,6Mds€) via des baisses de prix et un meilleur usage du médicament. Près de 25% de ces économies (1Md€) s’effectuent via des transferts sur les employeurs et les salariés (montée en charge de la baisse du plafond de revenus pris en compte pour le calcul des indemnités journalières (IJ) à hauteur de 500M€) auxquels s’ajoutent les 500 M€ de transferts sur les complémentaires santé. A date, le principal risque de dépassement de l’Ondam porte sur les soins de ville en lien avec le renoncement de certaines mesures d’économies sur les rémunérations de certaines professions de santé ou des retards de mise en œuvre du plan de bon usage du médicament ou de la fin de l’exemption du ticket modérateur de 15% sur les médicaments à faible service rendu, reportée au 1er octobre. Un autre risque de dépassement (chiffré à 300M€) concerne l’impact de la revalorisation du SMIC sur le niveau des IJ versées par l’assurance maladie.

En 2026, les pensions de retraite ralentiraient (+2,2% après +3,4% en 2025) sous l’effet du ralentissement de l’inflation constatée en 2025 (+0,9% versus +1,8% en 2024). La suspension de la réforme des retraites de 2023 qui ne s’appliquera qu’à compter du 1er septembre 2026, devrait ainsi n’avoir qu’un effet limité en 2026.