Le rapport annuel 2025 de l’Assurance Maladie - Risques professionnels (AM-RP), publié le 14 octobre 2026, confirme une évolution contrastée de la sinistralité professionnelle. Si la fréquence des accidents du travail demeure globalement maîtrisée, les maladies professionnelles, les risques psychosociaux et surtout la progression des arrêts de longue durée continuent de faire grimper les dépenses de la branche, laquelle replonge en déficit pour la première fois depuis plus de dix ans.
En 2025, les accidents du travail (AT) enregistrent une hausse limitée de 0,3 %, avec 551225 sinistres reconnus et un indice de fréquence stable à 26,4 accidents pour 1 000 salariés. Cet indice de fréquence se stabilise ainsi au niveau le plus faible depuis 30 ans en dépit d’un nombre de salariés stabilisé à un niveau élevé de près de 20,9 millions.
La hiérarchie des risques d’AT reste également inchangée avec des manutentions manuelles à l’origine de la moitié des accidents, devant les chutes de plain-pied (un peu moins de 15%), les chutes de hauteur (plus de 10%) et l’outillage à main (8%).
Cette stabilisation ne doit pas masquer la nouvelle hausse des décès liés au travail qui s’élèvent à 1331 en 2025, toutes causes confondues, soit 34 de plus qu’en 2024. Les malaises sont à l’origine de plus de la moitié des 783 décès consécutifs à un accident de travail, tandis que le risque routier est à l’origine de plus de 75% des 344 décès intervenus lors d’un accident de trajet.
Les maladies professionnelles poursuivent en revanche leur progression (+3,1 %) avec 52 187 cas reconnus. Soit le pire résultat en près de 15 ans. Comme les années précédentes (lire KPS du 20 novembre 2025), cette hausse est principalement portée par les troubles musculosquelettiques (TMS) (+3,9%), qui représentent à eux seuls près de 90 % des maladies professionnelles reconnues. A noter la montée en puissance en 2025 du Fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (Fipu). Créé en 2023, celui-ci a financé en 2025 plus de 21000 actions de prévention pour un montant de 139,5M€, soit plus de trois fois le montant engagé en 2024. Ces actions visent principalement la prévention des risques ergonomiques: manutentions manuelles, postures pénibles et vibrations mécaniques.
Les maladies professionnelles reconnues hors tableaux (+5,3%) sont la seconde principale source d’augmentation des MP, boostées par celles d’origine psychique. Ces dernières atteignent 1 971 cas reconnus en 2025, soit une progression de 9 % sur un an et de plus du double du niveau observé en 2020. Les dépressions représentent près des trois quarts des reconnaissances hors tableaux. En parallèle, les accidents du travail associés à une affection psychique ou à un contexte de risques psychosociaux explosent de 24 % en un an pour atteindre 35 568 cas. Ils représentent désormais 6,5 % de l’ensemble des accidents du travail. Les secteurs les plus concernés demeurent l’hébergement médico-social, l’action sociale, la santé, les transports et le commerce de détail.
En termes de prestations versées, les indemnités journalières (IJ) AT-MP (5,4Mds€) constituent, comme en 2024, le premier poste de dépenses devant les prestations liées aux incapacités permanentes (4,8Mds€). Leur hausse de 10,5 % sur un an est principalement liée à l’allongement des durées d’arrêt. Les sinistres dont la durée dépasse un an ne représentent que 18 % des dossiers indemnisés mais concentrent 55 % des jours d’indemnisation.
Conséquence d’une augmentation de ses charges de 8,4% alors que ses recettes ne progressent que de 2,7 %, la branche AT/MP affiche, pour la première fois depuis 12 ans, un déficit de 182M€ en 2025.





